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L’ECOLE ST MICHEL GARICOITZ DE CAMBO


PETITE HISTOIRE


1941 : l’occupation allemande, les réquisitions, le rationnement, plusieurs dizaines de camboars prisonniers de guerre en Allemagne.
Au milieu de cette grisaille, dans l’indifférence, un chantier de construction s’ouvre derrière la villa Etchegorria. Les habitants du quartier, bien moins nombreux que de nos jours car la plupart des immeubles bordant aujourd’hui les allées Rostand n’existaient pas (1), n’y prêtent guère attention. Tout au plus pensent-ils « Monsieur le Curé construit sans doute une salle pour les jeunes filles ! ».
En effet la villa Etchegorria, qui est propriété de la paroisse, sert à la fois d’habitation pour les deux vicaires et de patronage pour les jeunes filles. Il faut dire que, de ce temps, les projets des curés ne sont pas comme aujourd’hui annoncés, encore moins débattus au sein de comités ou conseils de laïcs ; tout au plus un ou autre mécène est-il informé.

La construction n’avance pas vite, car les matériaux sont rares et contingentés : c’est la guerre ! Nous sommes en 1942 lorsqu’elle est achevée. Elle se présente comme une vaste salle en longueur. Un petit fronton de pelote est adossé à la façade ouest. Jusque là l’hypothèse d’un local de patronage reste plausible ; mais elle n’est pas la bonne.

Courant 1942 donc, M. le Curé Verdun, car c’est lui le curé de la paroisse de Cambo, fait part à l’évêché de sa décision d’ouvrir dans ce bâtiment une école chrétienne de garçons et demande la désignation d’un vicaire-instituteur. Un premier prêtre est pressenti, mais il se récuse.
Cependant le temps passe et le curé s’impatiente. Finalement il obtient satisfaction et le 21 août, c’est-à-dire six semaines à peine avant la rentrée – car de ce temps les « grandes vacances » s’achèvent et la rentrée des classes a lieu le 1er octobre – donc le 21 août l’abbé Pascassio-Comte, un luzien, jusque là professeur au collège d’Hasparren est informé par le chanoine Lamy, inspecteur de l’enseignement libre, que Mgr l’Evêque l’a désigné pour ouvrir et diriger l’école de Cambo.
Il est grand temps car les formalités de déclaration d’ouverture d’école, longues et complexes, restent à faire.

En se lançant dans cette construction le curé Verdun avait engagé une grosse dépense, mais il n’avait sans doute pas réuni les ressources suffisantes. Alors il décida d’organiser une kermesse. Celle-ci n’eut certes pas l’ampleur de nos kermesses d’aujourd’hui, mais ce fut la première kermesse de Cambo.
Elle se déroula autour de la villa Etchegorria dans le courant du mois de juillet par un beau dimanche ensoleillé. Une partie de pelote à mains nues fut disputée sur le petit fronton entre quatre amateurs de Cambo ; parmi eux les défunts J.B. Camadro et Xemartin Jaureguy. Quelques stands offraient entre autres choses des produits fermiers, fort appréciés du public, car les denrées alimentaires étaient rationnées.

Dès sa nomination, c’est-à-dire à la fin du mois d’août, l’abbé Pascassio-Comte rejoignit Cambo, où il eut la désagréable surprise de trouver le bâtiment de l’école pas tout à fait achevé. C’était une grande salle, toute en longueur ; genre salle de patronage comme dit plus haut. Cependant deux cloisons furent rapidement montées, délimitant deux vastes salles de classe séparées par un vestiaire. Pendant ce temps, le curé Verdun qui avait officiellement annoncé à ses paroissiens l’ouverture de l’école, entreprit, en compagnie de l’abbé Pascassio-Comte, la visite des familles ayant des enfants d’âge scolaire. L’accueil fut chaleureux en certains foyers, réservé et même froid en d’autres.

L’inauguration de l’école eut lieu le jour même de la rentrée, le vendredi 2 octobre 1942 et de façon fort simple : maîtres et élèves rangés dans la cour ; un petit mot du curé qui bénit ensuite les lieux, puis prise de possession des locaux. Encore avait-il fallu attendre le curé, qui, auparavant avait dû célébrer une messe d’enterrement et conduire le corps au cimetière, à pied, au rythme du cheval tirant le corbillard comme cela se passait alors.

L’école avait deux classes, environ vingt élèves par classe, deux enseignants : l’abbé Pascassio-Comte, vicaire-instituteur et directeur et une institutrice adjointe, bayonnaise, Melle Jeanne Fouquet. A la fin de la première année scolaire – début modeste mais réussi – un élève présenté au Certificat d’Etudes  (l’examen qui à l’époque sanctionnait la fin des étude primaires), un reçu (2).

A la rentrée de 1943, Melle Maïté Bidegainberry, originaire d’Ostabat, devient adjointe succédant à Melle Fouquet. Deux ans après, elle est elle-même remplacée par Melle Léa  Doustau, originaire des Hautes-Pyrénées, pédagogue remarquable dont l’école bénéficia pendant de longues années jusqu’à son décès en 1964 et dont les nombreux anciens élèves gardent le meilleur souvenir.

L’abbé Pascassio-Comte assura la direction de l’école pendant dix années. Après son départ, lui succédèrent :

•    de 1952 à 1955, l’abbé Marcel Errecaret, originaire de Soule,
•    de 1955 à 1958, l’abbé Yves Lacrambe, un bayonnais,
•    de 1958 à 1959, un autre souletin, l’abbé Jean Epherre.

Enfin en 1959, c’est l’abbé Martin Larroque qui devient directeur. Il le demeurera après la transformation de l’école en collège, jusqu’en 1980. C’est en effet sous la direction de l’abbé Larroque, qu’une évolution importante se produit. Autour de l’année 1960, toute une législation nouvelle intervient : prolongement de la scolarité obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, établissement de la mixité dans toutes les écoles, création des collèges dispensant l’enseignement de la 6e à la 3e, ouverture de ces collèges aux élèves des communes voisines et ramassage scolaire.
L’école St Michel devient alors le collège mixte St Michel et les garçons de l’école primaire sont regroupés avec les filles de l’école Ste Marie (1974).

Tous ces changements ont eu pour effet un accroissement notable des effectifs et  de créer des besoins nouveaux en locaux. C’est à M. le curé Barneche, qui a succédé au curé Verdun à la tête de la paroisse de Cambo, qu’incombera la lourde charge du financement de la construction de nouvelles classes et de l’achat de classes préfabriquées.

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Voilà contée la création de l’école St Michel et brièvement évoquée sa transformation en collège.

Mais pourquoi le vocable de St Michel, plus exactement St Michel Garicoïtz, donné à l’école ? D’abord parce que le curé Verdun, son fondateur, avait une dévotion spéciale pour ce saint (3) et puis Michel Garicoitz n’avait-il pas, jeune prêtre, été vicaire à Cambo ? Dès lors il était bien normal que la paroisse où avait débuté son ministère ait voulu conserver son souvenir. On remarque qu’une statuette du saint est placée dans une niche au-dessus de l’entrée de l’école.    

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Pour clore cette note, il m’a paru intéressant de rappeler qu’une école catholique de garçons avait déjà existé à Cambo autour de l’année 1900. Ouverte en 1892 par les Frères des Ecoles Chrétiennes, elle fonctionnait dans la maison Karrikaburua, aujourd’hui siège des autocars Larronde.

Son directeur était le Frère Ludevich (on l’appelait Frère Ludovic), un landais originaire de Mimizan.

En application des lois anticléricales du gouvernement de l’époque (sous le ministère Combes notamment), les établissements d’enseignement tenus par des prêtres ou des religieux furent fermés et les religieux chassés de France. Ce fut le cas pour les Frères des Ecoles Chrétiennes et pour leurs écoles. C’est ainsi que l’école catholique de Cambo cessa d’exister en 1905.

Juin 1991                            Dominique Halty

(1)     seulement Etchehandia, Etchegorria, Souberbielle, Les Coqs, St Pierre, Mimosas et Etchepherdia.

(2)     Jean-Baptiste Burucoa

(3)    En réalité le Bienheureux Michel Garicoïtz, car celui-ci n’a été canonisé, c’est-à-dire déclaré saint qu’en 1947 par le Pape Pie 12.

Depuis cet écrit rédigé par un des premiers membres de l’Association d’Education Populaire créée donc dans les années 1940, le Collège St Michel Garicoitz s’est bien entendu développé, l’arrivée de nombreux élèves entraînant la construction de nouveaux bâtiments.
Aujourd’hui, le collège accueille 300 élèves répartis en 3 classes par niveau dont une bilingue basque.
Résolument tourné vers l’avenir avec l’utilisation des technologies modernes, cet établissement a su néanmoins conserver un caractère chaleureux et familial dans un cadre géographique verdoyant et préservé.


Mise à jour le Jeudi, 26 Mars 2009 14:58